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Analyse··12 min de lecture

Deux armes ont disparu de la bannière géante de GTA 6 aux portes de Paris — et la loi qu'on invoque ne parle pas de ça

Une bannière reprenant la jaquette de Grand Theft Auto VI a été installée sur les tours Mercuriales, à la Porte de Bagnolet, sans le pistolet de Lucia ni un fusil d'assaut. Rockstar n'a rien dit. La loi française de 1985 encadre la publicité pour les armes, pas les armes dans une publicité, et l'idée que toutes les affiches GTA 6 du monde auraient été retouchées ne repose sur rien de solide.

Lucia Caminos, en lunettes de soleil, les bras posés sur le rebord d'une piscine sur un toit, un cocktail à la fraise et un téléphone sur une serviette pliée à côté d'elle, des tours en arrière-plan.
Image : Rockstar Games

Une bannière haute comme une tour de bureaux a été installée à l'est de Paris avec la jaquette de Grand Theft Auto VI dessus, et deux des armes de cette jaquette n'y figurent pas. Le pistolet que tient Lucia Caminos a disparu. Un fusil d'assaut, dans un panneau du bas, aussi. Tout le reste — la composition, les visages, les véhicules, le logo — est l'illustration publiée.

Kotaku l'a rapporté le 16 octobre, en créditant ceux qui l'avaient repéré. Rockstar n'a rien dit : ni sur la bannière, ni sur la retouche, ni sur son auteur.

Ce silence a été comblé par deux explications très assurées, et aucune des deux ne résiste à l'examen. La première veut que la loi française interdise de montrer une arme sur un panneau publicitaire. La seconde veut que Rockstar efface discrètement les armes de ses illustrations partout. La première se trompe de texte ; la seconde ne repose que sur des sources que ce site n'utilise pas.

Ce qui est réellement établi

Statut
Une bannière reprenant la jaquette de VI est installée sur l'une des tours MercurialesPhotographiée, abondamment
Le pistolet de Lucia en est absentVisible sur les photographies
Un fusil d'assaut, dans un panneau du bas, en est absentVisible sur les photographies
Le reste de l'illustration est inchangéSelon les comptes rendus ; personne n'a publié de comparaison côte à côte
Qui a demandé la retoucheInconnu. Rockstar, l'agence, le propriétaire de l'immeuble et la collectivité ont tour à tour été avancés. Aucun ne s'est exprimé
PourquoiInconnu. Personne n'a donné d'explication
Que la même version retouchée circule dans d'autres villesNon vérifié — voir plus bas
Une déclaration de Rockstar, quelle qu'elle soitAucune
Un changement concernant le jeu, sa classification ou sa sortieAucun

L'immeuble, qui n'est pas à Paris

La presse dit Paris. Les tours sont à Bagnolet, commune de Seine-Saint-Denis juste au-delà de la limite de la ville, et cette précision est toute la raison d'être de l'emplacement.

Les Mercuriales sont deux tours — le Levant et le Ponant — construites en 1975 le long du boulevard périphérique, à l'échangeur de la Porte de Bagnolet avec l'autoroute A3. Elles ont été dessinées sur le modèle du World Trade Center de New York, le projet s'est arrêté avec le premier choc pétrolier, et elles sont restées à peu près seules depuis : la tour Ponant atteint environ 175 mètres antennes comprises, le plus haut point du département. C'est la première chose que voit un automobiliste arrivant de Roissy par l'A3, et elles sont visibles depuis le périphérique, qu'emprunte tout véhicule traversant l'est de l'agglomération.

Autrement dit, c'est l'équivalent français des emplacements que Rockstar achète depuis le début de l'automne — un repère avec du trafic captif — et cela relève de la même liste que le toit du Kaseya Center ou le mur de Williamsburg, pas d'une affaire de censure.

Ce que la loi française sur la publicité des armes couvre réellement

Le texte invoqué est la loi n° 85-706 du 12 juillet 1985, et son décret d'application du 9 décembre 1985. Tels qu'ils sont décrits dans les travaux parlementaires et dans la presse qui les cite, ils portent sur la publicité en faveur des armes à feu et des munitions — la promotion des objets eux-mêmes, restreinte aux supports spécialisés de chasse, de pêche et de tir sportif et aux lecteurs qui l'ont demandée. Les armes à feu figurent par ailleurs parmi les produits dont la publicité est interdite à la télévision française.

C'est une règle sur ce qui est vendu. Une affiche qui vend un jeu vidéo, et sur laquelle un personnage tient un pistolet, n'est pas une publicité pour un pistolet. Cette distinction exacte a été discutée publiquement en 2016, lorsqu'une campagne d'affichage municipale à Béziers montrant une arme de poing a suscité des plaintes : la défense avancée était que la campagne ne vendait aucune arme et sortait donc du champ de la loi de 1985, et aucune poursuite n'a suivi.

La version assurée — « les armes sont interdites dans la publicité en France » — n'est donc pas ce que dit le texte. Ce site n'a pas lu le texte, et rien ici n'est un avis juridique. Ce que l'on peut dire, c'est que la loi que tout le monde invoque vise un autre type de publicité, et que personne, parmi ceux qui la citent, n'a désigné la disposition qui imposerait cette retouche.

Il existe au moins trois autres mécanismes qui, eux, l'imposeraient, et tous sont plus ternes :

  • Les codes publicitaires de l'industrie elle-même. L'Advertising Review Council de l'ESRB publie des règles de marketing qui s'appliquent à la publicité d'un jeu indépendamment de sa classification, couvrent explicitement l'affichage, et nomment les armes directement — armes pointées vers le public, exposition prolongée ou excessive d'armes, entre autres choses à éviter. Les recommandations de l'IARC, qui encadrent le marketing à travers les différentes zones de classification, tiennent un langage comparable. Un jeu classé Mature peut contenir ce que sa publicité n'a pas le droit de montrer. Personne n'a dit que l'ARC ou l'IARC était en cause ici, et la jaquette non retouchée est en vente en rayon : il ne peut donc pas s'agir d'une règle générale appliquée à l'image elle-même.
  • Le propriétaire de l'immeuble et l'afficheur. Une bannière de cette taille se pose avec l'accord du propriétaire, par l'intermédiaire d'un afficheur qui a sa propre politique d'acceptation. L'un comme l'autre peut refuser une image sans qu'aucune loi n'intervienne, et c'est de loin la première raison pour laquelle une création d'affichage est modifiée.
  • Le choix territorial de Rockstar. Les éditeurs préparent couramment des versions régionales de leur illustration principale. Retenir une image plus sobre pour une bannière face à une autoroute, dans un pays sans véritable culture des armes, est une décision marketing, pas une concession.

Aucun des quatre n'est confirmé. La position honnête est que la retouche est réelle et que sa raison n'a pas été publiée : quiconque vous dit laquelle c'est a deviné.

L'affaire de la « censure mondiale »

Le second récit sorti de tout ceci veut que la même illustration sans armes circule désormais partout : Times Square, un habillage de bus à Chicago, le Hard Rock Stadium de Miami.

Cette affirmation ne tient pas en l'état. Elle circule sur des agrégateurs et dans des publications sur les réseaux ; les médias que ce site considère comme fiables ont couvert la bannière de Bagnolet, et rien de plus. Au moins un compte rendu dit l'inverse, en rapportant que les fresques américaines ont gardé leurs armes — ce qui, si c'est exact, est aussi la lecture la plus simple, puisque la fresque de Brooklyn a été photographiée au crayon sans que personne ne relève d'arme manquante, et que l'illustration des boîtes en magasin est bien la version non retouchée.

On mélange ici deux choses distinctes. Une bannière a été retouchée. Savoir s'il existe une version retouchée à l'échelle de la campagne est une autre question, et il faudrait pour y répondre que quelqu'un publie des photographies du même panneau dans deux villes. Personne ne l'a fait.

AffirmationD'où elle vient
Il manque deux armes à la bannière de BagnoletPhotographies ; Kotaku, 16 octobre 2026 ; l'édition allemande d'Eurogamer le même jour
Illustration retouchée à Times Square, sur un bus à Chicago, au Hard Rock StadiumAgrégateurs et réseaux sociaux uniquement — non vérifié
Les fresques américaines ont gardé leurs armesRapporté, tout aussi peu étayé — non vérifié
Rockstar déploie une campagne mondiale expurgéeRien ne l'étaye

La série a déjà mené cette bataille, et elle ne portait pas sur l'illustration

Cela vaut d'être connu, parce que c'est la seule partie de l'histoire dont on connaît la fin.

En avril 2008, la Chicago Transit Authority a retiré une campagne Grand Theft Auto IV sur ses bus, évaluée à quelque 300 000 dollars, quelques jours après l'apparition des affiches le 22 avril. Take-Two a porté plainte devant un tribunal fédéral de Manhattan, sur le terrain de la liberté d'expression et du contrat. L'affaire s'est réglée à l'amiable en septembre 2008, et les affiches sont revenues sur les bus en novembre. Le conseil d'administration de la CTA a ensuite voté l'interdiction de toute publicité pour un jeu classé Mature ou au-delà ; l'Entertainment Software Association a attaqué cette politique en juillet 2009, et un tribunal fédéral l'a suspendue, décision rapportée en janvier 2010, au motif que ces publicités relevaient d'une expression protégée par la Constitution.

Le schéma de cette histoire est ce qu'elle a d'utile. Chacune de ces batailles portait sur l'endroit où la publicité pouvait être diffusée, et aucune ne portait sur le contenu du jeu ni sur sa classification. La classification n'a pas bougé d'un cran pendant tout ce temps. Si la bannière de Bagnolet a été modifiée à la demande de quelqu'un, elle appartiendra à la même catégorie : un différend sur un mur, réglé en privé, sans conséquence sur le produit.

Ce que cela ne signifie pas

  • Ce n'est pas une décision de classification. Les classifications de Grand Theft Auto VI ont été publiées les 1er et 2 octobre — ESRB Mature 17+, PEGI 18 — et rien n'a bougé depuis. Un organisme classe un jeu ; il ne valide pas une bannière.
  • La jaquette n'a pas changé. L'illustration publiée en juin avant les précommandes reste l'illustration, sur les fiches des boutiques comme sur les boîtes.
  • Rien n'a été retiré du jeu. Une retouche publicitaire vous renseigne sur un contrat publicitaire. Elle ne dit strictement rien de ce que contient le logiciel, et présenter cela comme la preuve d'une coupe dans le contenu, c'est sauter sans pont.
  • La date n'a pas bougé. Le jeu sort le 19 novembre sur PS5 et Xbox Series X|S.

Sa place dans la campagne

Il y a trois semaines, tout l'affichage extérieur de Grand Theft Auto VI se trouvait dans une seule agglomération américaine, reconstituable à partir des documents de Miami-Dade et de Miami Beach. Puis il a atteint Brooklyn. Il est désormais sur un échangeur autoroutier de Seine-Saint-Denis.

Voilà la véritable information de cette affaire : la campagne est passée à l'international, à cinq semaines de la sortie, exactement selon le calendrier qu'on attend d'un jeu ayant cette date. Le pistolet manquant est le détail qui a fait voyager l'histoire, et ce détail reste réellement inexpliqué — mais ce qu'il y a dessous, c'est un lancement ordinaire qui fait des choses ordinaires.

Les deux personnes qui figurent sur la bannière sont les deux personnes autour desquelles le jeu tourne depuis décembre 2023, et ce qui est réellement établi à leur sujet se trouve sur leurs pages respectives, Lucia Caminos et Jason Duval, plutôt que dans le recadrage d'un panneau publicitaire.

Ce qui n'est pas confirmé

  • Qui a retouché l'illustration, et à la demande de qui. Aucune agence, aucun afficheur, aucun propriétaire et aucun élu n'a été nommé par qui que ce soit.
  • Pourquoi. Aucune explication n'a été publiée. Les quatre mécanismes ci-dessus sont des hypothèses, pas des conclusions.
  • Que la bannière soit officiellement un emplacement acheté par Rockstar. C'est extrêmement probable au vu de son ampleur et de son sujet, et Rockstar ne l'a pas dit, exactement comme pour le mur de Brooklyn.
  • Qu'une illustration retouchée existe ailleurs qu'à Bagnolet. Affirmé, non vérifié, et contredit par au moins un compte rendu.
  • Que le droit français de la publicité ait quoi que ce soit à voir avec tout cela. La loi de 1985, telle qu'elle est décrite, vise la publicité en faveur des armes à feu. Personne n'a identifié de disposition qui atteindrait une représentation dans une publicité de jeu vidéo, et ce site n'a pas lu le texte.
  • Combien de temps la bannière restera en place. Aucune date n'a été publiée pour elle, contrairement aux accords de Miami, qui sont des documents publics.

Note de sourçage : kotaku.com, eurogamer.net, rockstargames.com, esrb.org, videogameschronicle.com, gamespot.com, pcgamer.com et gamesradar.com ne se résolvent pas depuis le réseau de ce rédacteur et le proxy de sortie refuse le CONNECT ; rien de ce qui précède n'a donc été lu de première main et aucune photographie n'a été examinée directement. La bannière, son emplacement sur les tours Mercuriales et les deux armes retirées sont rapportés tels que Kotaku les a décrits le 16 octobre 2026 et tels que l'édition allemande d'Eurogamer les a décrits le même jour, de façon concordante. La date de construction des tours, leurs noms, leur hauteur et leur position sur le périphérique à la Porte de Bagnolet proviennent d'ouvrages de référence généraux plutôt que de la presse spécialisée. La loi n° 85-706 du 12 juillet 1985 et son décret de décembre 1985 sont décrits à partir des réponses publiées du Sénat à des questions écrites et de la couverture de l'affaire biterroise de 2016 ; le texte lui-même n'a pas été lu, ce qui explique que la section le concernant soit formulée comme un rappel de son objet et non comme un conseil. Les règles de l'Advertising Review Council de l'ESRB et de l'IARC sont décrites à partir de comptes rendus secondaires de ces documents, pour la même raison. Le litige de 2008 avec la Chicago Transit Authority, le règlement de septembre 2008, le retour des affiches en novembre 2008 et l'injonction de janvier 2010 contre l'interdiction visant les jeux classés Mature sont établis par la presse de l'époque, GameSpot et médias généralistes. Les signalements de Times Square, du bus de Chicago et du Hard Rock Stadium n'apparaissent que sur des agrégateurs et les réseaux sociaux : ils sont signalés plus haut comme non vérifiés plutôt que repris comme des faits.